"Nane Chavem, Nane Bacht" ("Pas de bonheur sans Enfant" ). « Tsigane, sur ton chemin, tu rencontrais souvent le mépris de ceux qui ne te connaissaient pas et tu n’y prêtais guère attention(…). Tes enfants, tu les chérissais d’un amour sans limite ». Extrait d’un poème de Marie Schlampa Burgard, fille de Louise Pisla Helmstetter qui fut la doyenne des Manouches d’Alsace avant de rejoindre l’éternité en 2013. Cette série de photographies, qui s’est construite en une décennie, rend hommage à la communauté des Roms, Manouches et Gitans de France (Strasbourg, Paris, Agde, les Saintes Maries de la Mer) et de Pologne. Le proverbe rom « Nane Chavem, Nane Bacht » en dit long sur la considération des parents pour leur progéniture. Au travers des regards évocateurs et des scènes de vie authentiques, les valeurs chères à la communauté se dévoilent : le respect des anciens, la vie au grand air, l’amour inconditionnel prodigué par les parents à leurs enfants ou la ferveur de la foi manifestée pendant les pèlerinages… En filigrane de cette représentation poétique de jeunes Roms se lisent aussi la position sociale fragile des femmes, la précarité, ou les difficultés liées à l’habitat. Le fil conducteur de ce projet s’articule autour d’ une introduction et d’ une conclusion composées des photographies les plus récentes, prises en 2017 et 2018, dans le quartier tsigane du Polygone à Strasbourg, six mois avant que la Ville ne décide de raser le terrain pour y construire des lotissements conventionnels. Le coeur de cette série est un flashback sur des photos plus anciennes du terrain ou d’autres régions de France et de Pologne. Retrouver sept années plus tard à Strasbourg, les mêmes familles devenues plus nombreuses et les mêmes enfants devenus de jeunes adolescents s’est avéré, pour la photographe, une expérience humaine riche d’émotions. Les retrouvailles ont eu lieu au moment crucial où les maisons, construites des propres mains des habitants cinquante années plus tôt, et jugées par la suite insalubres, allaient être détruites. Le mode de vie des familles et leurs souvenirs n’ont pas été pris en considération dans le projet de réhabilitation du quartier. Ne plus voyager et se sentir cloisonnés chez soi composeront le quotidien d’un nouveau mode de vie auquel les Manouches auront des difficultés à s’adapter. Cette série se fait témoin de la période charnière entre l’ancienne et la nouvelle vie et tente d’ immortaliser « l’âme tsigane » qui empreignait le terrain du Polygone dans lequel 170 familles avaient vécu, en lui conférant une réelle identité, pendant un demi-siècle.